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Distribution

31 mai 2010

Caisses : le self check out se répand


L’installation des caisses automatiques progresse doucement mais sûrement. Limitée pour l’heure aux petits paniers, façon de déminer la question sociale et d’acclimater le client, elle s’installe néanmoins durablement en magasins.

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Huit caisses traditionnelles sur quarante-quatre : le magasin Auchan de Lacroix-Saint-Ouen (60), près de Compiègne, est le second hypermarché presque entièrement automatisé au niveau du paiement, à plus de 80 %, après l’Intermarché de Rennes. « C’est culotté ! Je prends des risques, mais je ne reviendrai pas en arrière », lance Marcel Verfaillie, le pdg, qui assure que le seul équivalent se trouve au Japon. La singularité de ce magasin réside dans la combinaison de toutes les formules possibles d’automatisation, caisses automatiques pour panier, caisses automatiques pour chariot et self-scanning. Des technologies plus faciles à installer dans un nouveau point de vente comme celui-ci.
Franchisé indépendant d’Auchan, Marcel Verfaillie a en effet déménagé son ancien magasin Mammouth de 2 200 m2 et changé d’enseigne pour les 5 000 m2 de Lacroix-Saint-Ouen, ouverts en octobre dernier. Mais ce commerçant, qui se veut aussi pionnier en matière de gestion écologique des bâtiments, a tiré les leçons de l’échec de Rennes : même si les caisses automatiques n’ont pas disparu dans ce dernier, la centrale d’Inter­marché a dû racheter le magasin. Trop de dettes, et la hausse des ventes attendue ne s’est pas produite. Pour Marcel Verfaillie, qui a préféré panacher les solutions, la priorité donnée à Rennes aux caisses chariot était une erreur. C’est que la caisse chariot semble le moyen le plus difficile à faire adopter par le client. Ce dernier scanne les articles de son chariot et les dépose dans un second chariot, de l’autre côté du terminal. Des balances sont intégrées au sol pour éviter la fraude.

Des plans revus à la baisse
Pour l’instant, les distributeurs français s’intéressent peu à ce système et préfèrent les caisses automatiques pour paniers, souvent présentées comme une alternative aux caisses “moins de 10 articles”. Plus simple que de demander au client de scanner des tonnes d’articles et moins dangereux en termes d’image ! Avec la caisse chariot, c’est la masse des achats qui s’automatise. Et le débat sur l’emploi des caissières qui s’en­flamme, alors que la caisse automatique commence bel et bien à devenir familière, même si c’est de façon moins importante que prévu.
De sources concordantes, certains distributeurs ont en effet confié avoir revu à la baisse leurs plans pour cause de budget d’investissement sous contrainte. « L’axiome selon ­lequel une situation de crise éco­nomique se traduirait par une accélération du déploiement des Tic [technologies de l’information et de la communication – Ndlr] ne s’est pas vérifié », assure Marie-Agnès Bonnefoy, gérante du cabinet Geste, cabinet de conseil et d’étude qui a participé au rapport prospectif sur l’emploi 2005-2015 établi pour la FCD.
Reste qu’en deux ans, le mouvement s’est étendu, sans bruit. La campagne de 2007 de la CFDT baptisée SBAM (Sans Bornes Automatiques Merci) n’a pas été reconduite. Quelques actions de sensibilisation ponctuelles auprès des consommateurs sont ­certes menées, comme en mars dernier devant un magasin Auchan à Leers (59). Mais il y a bien d’autres motifs pour faire grimper le baromètre syndical. « Il n’existe pas un seul modèle de destruction d’em­plois, mais plusieurs », note Dejan Terglav, secrétaire général de FO Commerce, confirmant ainsi que l’automatisation des caisses n’est plus la première – ou tout du moins l’unique – cause d’inquiétude chez les syndicats.

1 000 postes passés à la trappe
De fait, les caissières n’ont pas disparu. « Aucune caissière n’a été licenciée, mais quand il y a un ­départ, il n’est pas forcément remplacé », affirme cependant Dejan ­Terglav. Guy Laplatine, délégué syndical central CFDT chez Auchan, est plus précis : il a calculé que près de 1 000 postes de caissières étaient ­passés à la trappe en deux ans dans son groupe. « On utilise une caissière en fonction du nombre de produits passés ; si une part de ces articles est dirigée vers des machines, ce sont des heures de travail en moins pour elle », énonce-t-il, ajoutant que les heures effectuées auprès des caisses automatiques ne compensent pas.
Ces nouvelles “hôtesses” de caisse supervisent en général un îlot de ­quatre caisses automatiques. Les ­tentations d’intensifier au maximum leur travail ont été remisées : « Pla­cer une hôtesse sur huit caisses, comme cela a pu être testé ici ou là, est plutôt contre-productif. C’est trop difficile et le gain de temps pour le client diminue », assure Christian Despierre, directeur commercial de l’activité distribution chez le fabricant de caisses NCR. Car ce n’est pas parce qu’elles ne manipulent plus les articles que les caissières à la mode automatique se tournent les pouces.
Expliquer le fonctionnement au novice, surveiller sans être trop intrusive : les tâches ont changé. « Les gens sont plus exigeants qu’en caisse normale ; ils s’attendent à ce que cela aille très vite », témoigne une de ces nouvelles caissières, qui, bien que cinquantenaire, s’est déclarée tout de suite intéressée, par curiosité. Mais le pool de volontaires de son hypermarché a tendance à s’étioler face au stress de ces nouvelles missions. Les enseignes in­diquent en effet n’employer que des volontaires sur ces postes. Une manière de faciliter l’acclimatation. Autre trait commun : les “nouvelles” caissières n’abandonnent pas leurs vieilles caisses, mais passent par ­période sur les îlots automatisés. Pas plus de trois ou quatre heures d’affilée, car la « caisse automati­que requiert un effort de concentration pour gérer différents flux de clientèle, une fatigue plus mentale que physique », explique Marie-Agnès Bonnefoy, qui prône la « complémentarité entre le travail sur caisse traditionnelle et celui sur caisse automatisée ».

Le SCO n’est qu’un complément
Pour les distributeurs également, qui redoutent d’être montrés du doigt, le self check out (SCO) n’est qu’un complément pour gérer les ­périodes d’affluence et fluidifier le passage en caisse. Mensonge diplomatique ? Comme tout outil, tout dépend de l’usage qu’on entend en faire. « Le SCO permet d’améliorer le passage en caisse pour le consommateur, de réduire les tâches sans valeur ajoutée pour la caissière et de baisser les coûts, vante Laurent Houitte, directeur marketing retail du fabricant de caisses Wincor Nixdorf. Mais certaines enseignes ne vont prendre en compte que le coût. » Et d’autres non, comme ce directeur d’un hyper de la région parisienne qu’une de ses caissières, syndiquée, décrit comme soucieux d’embau­cher des caissières – par ailleurs ­difficiles à trouver – pour que ses clients ne fuient pas à la perspective d’attentes démesurées.

La concurrence du e-commerce
Reste qu’à terme, personne n’est dupe. Le choix de l’automatisation, une fois atteint la vitesse de croisière, implique moins d’emplois de caissière. « Pour les syndicats, cette technologie devrait réduire le nombre de caissières de 20 %, un chiffre qui ne semble pas exagéré », écrivaient en 2008 deux économistes (1). Soit près de 50 000 emplois, avec « beaucoup de femmes ayant peu de chances de se reclasser, en raison de leur âge, d’une méconnaissan­ce de l’informatique, voire de difficul­tés d’alphabétisation », indique Dejan Terglav, de FO. D’autant que « la distribution classique fait face à des concurrences où la présence humaine se réduit, avec le e-commerce et le drive », analyse Jean-Christophe Marboutin, du cabinet KSA. Mais à quel horizon ? Cela dépend aussi du client. Auchan, un des pionniers, indique que 75 % de ses clients passent aux caisses traditionnelles. La prochaine vague massive d’automatisation, le self-scanning et ses contrôles aléatoires, sera-t-elle plus délicate ?

(1) “Low-Wage Work in France”, d’Eve Caroli et Jérôme Gautié, Editions Russell Sage ­Foundation.



Isabelle Doiseau

31 mai 2010

Vers une baisse des emplois ?

Vers une baisse des emplois ?

Le rapport de branche détaillant les évolutions de l’emploi en 2009, prévu pour la rentrée, est attendu avec circonspection. Montrera-t-il une baisse des emplois, même symbolique ? Les distributeurs ont en effet tous pris des mesures de rigueur budgétaire. « Il n’y a pas eu d’énormes pertes d’emplois, mais le marché du travail a été affecté tant en volume que dans le contenu des postes », estime la CFDT, qui chiffre à 45 M€ la baisse des frais de personnel chez Carrefour (plusieurs milliers de suppressions de postes) et à 25 M€ celle d’Auchan. L’impact direct des technologies est difficile à isoler, mais celles-ci se déploient aussi bien en caisses qu’en magasins avec les étiquettes électroniques ou encore dans la logistique. « Jusqu’à présent, il n’y a pas eu de plan social, mais des plans d’entreprise avec du reclassement », selon FO.


I. D.

31 mai 2010

Un hyper peu ordinaire

Un hyper peu ordinaire

Deux vieux messieurs trottinent dans les allées du magasin Auchan de Lacroix-Saint-Ouen (60) avant d’aller payer à la caisse panier où ils ont leurs habitudes. Faire le travail à la place de la caissière, est-ce gênant ? « C’est comme ça. Et on ôte du travail pénible à la caissière », répond l’un d’eux. Chariot bourré, un cinquantenaire avec son enfant n’est pas d’accord : « Je ne vais pas faire le travail moi-même ! » Plus jeune, un autre client s’inquiète des conséquences pour l’emploi.
Mais, au moins, les clients trouvent-ils que les caisses automatiques leur apportent un bénéfice ? Occupé à vider un cabas plein, celui-ci en est persuadé. « Je vais au self panier car cela va vite », explique-t-il. Pourtant, la vitesse à laquelle il scanne est assez peu performante, alors qu’à la caisse traditionnelle, la file d’at­tente est quasi inexistante. Face à ce magasin peu ordinaire, les réactions de la clientèle varient.
Au début, le patron a cependant reçu beaucoup de plaintes. « J’ai perdu 10 % de clients, des habitués de l’ancien Mammouth. Mais j’en ai regagné grâce à la taille du magasin », se souvient Marcel Verfaillie, qui reconnaît qu’il a encore du travail à faire pour « rassurer le client ». « Cela passe par la formation, un bon chef de caisse et de bonnes procédures d’accueil. » Il faudrait en­fin, selon lui, que les caissières (32, dont une quinzaine de nouvelles ­embauchées) aillent davantage au contact du client.

300 000 € d’économie par an
« Avec les caisses automatiques, l’économie de personnel est de 300 000 € par an », chiffre Marcel Verfaillie, pour qui « comprimer les charges permet de vendre moins cher ». Les caisses automatiques prenant moins de place, c’est aussi de l’espace en plus pour la vente. En trois ans, l’inves­tissement est amorti. S’équiper en caisses automatiques coûte pourtant deux fois plus cher qu’en caisses traditionnelles, le poste budgétaire le plus élevé étant consacré au recyclage de la monnaie. Car aucune caissière n’effectue de tâche d’encaissement, même aux postes traditionnels. Une borne de paiement automatique est en effet placée après le tapis roulant, où les caissières officient debout. Comme leurs collègues des caisses auto­matiques, elles sont amenées à circuler au milieu des clients et de la borne. En avril, ces caisses traditionnelles à la nouvelle mode généraient 70 % du chiffre d’affaires et 56 % de la fréquentation. Parmi les ­solutions automatisées, c’est le self-scanning, baptisé Rapid’Auchan, qui concentre le plus de ventes (14 %) et le chariot panier le plus de passages clients (31 %). Mais pour Marcel Verfaillie, l’objectif à terme est que la fréquentation de toutes les caisses automatiques bondisse à 70 %.
Lacroix-Saint-Ouen pourrait alors se targuer d’avoir changé la distribution française. En attendant, Auchan, la première enseigne à avoir installé un SCO en France en 2004, se contente d’observer, les risques financiers étant supportés par son franchisé.


I. D.
Un hyper peu ordinaireUn hyper peu ordinaireMarcel Verfaillie

31 mai 2010

Automatisation : la 3e vague

Automatisation : la 3e vague

A mi-parcours de l’année 2010, il existe en France quelque 5 000 machines de type self check out (SCO), selon Laurent Houitte, directeur du marketing retail de Wincor Nixdorf. Le parc total s’élève, lui, à 200 000 caisses. Si le taux d’équipement reste au faible niveau de 2,5 %, la France s’est bel et bien engagée dans l’automatisation de ses outils d’encaissement. La rupture date de l’an passé, notamment avec Carrefour annonçant un des plus ambitieux plans de déploiement jamais vus.

10 % de caisses automatiques
Après une période de balbutiements assez longue – quel­ques tests au milieu des années 1990, et surtout dans la première moitié des années 2000 –, les distributeurs français, en retard par rapport aux Américains et aux Anglais, ont d’emblée adopté les dernières technologies. Tout d’abord dans les hypermarchés, dont l’équi­pement est jugé quasi terminé par Cyril Bricout, directeur commercial de Fujitsu. En moyenne, les distributeurs ont installé 10 % de caisses automatiques dans leurs grands hypers, avec des pointes à 40 % chez certains. Grâce notamment à de fortes équipes pour gérer le processus, cette introduction s’est déroulée sans trop de heurts.
Pas sûr que ce soit encore le cas pour les supermarchés, qui commencent plus systématiquement à se poser la question de l’automatisation. Mais, selon Cyril Bricout, les réponses ne sont pas unanimes : « L’installation est beaucoup plus compliquée qu’en hypermarchés. Il faut trouver de la place, il y a beaucoup d’articles à passer et de nombreux supermarchés pratiquent la pesée en caisse », explique-t-il. Mais, lorsqu’il s’agit de déployer un nouveau concept, com­me Simply Market, qui a installé un nombre significatif de SCO, le recours aux caisses automatiques peut être prévu dès le départ.
« La prochaine vague aura plutôt lieu au sein de la distribution spécialisée », poursuit Cyril Bricout, de Fujitsu. Pour l’heure, seulement 1 000 sur les 5 000 SCO existants sont ins­tallés dans le non-alimentaire, Décathlon, Ikea et Leroy Merlin faisant office de précurseurs. Après avoir déployé rapidement le self check out dans tous ses magasins allemands, son plus gros marché, Ikea veut en ef­fet appliquer ce traitement à 14 pays. Cependant, son choix d’une techno­logie sans contrôle sur les questions de vol – technologie pourtant dis­ponible pour les grands articles – a suscité de vifs débats internes, selon Björn Weber, analyste du cabinet Planet Retail et auteur d’un rapport sur le sujet.
Le self-scanning devrait aussi passer à la vitesse supérieure en France, et ce dès le second semestre, selon Christian Despierre, directeur commercial de l’activité distribution chez NCR. Après les débuts d’Auchan, Carrefour devrait en effet s’engager nettement dans cette voie, autour d’un modèle qui mélange SCO fixes pour les petits paniers et scans mobiles pour un plus grand nombre d’articles. Christian Despierre décèle également une tendance à multiplier les solutions complémentaires, tel le scanning mobile ou “queue- busting”. « Cette solution est très ­utilisée en Grande-Bretagne pour désengorger les longues files d’at­tente », plaide le directeur commercial de NCR.

La gestion des flux d’argent
Enfin, la gestion des flux d’argent, monnaie et billets, prend peu à peu le train de l’automatisation. “Carrefour est le premier distributeur au monde à avoir passé commande en grande quantité de la nouvelle génération de self check out qui intègre des technologies de recyclage de l’argent”, assure Planet Retail dans un rapport de septembre 2009. Le client peut jeter ses pièces, comme sur l’autoroute. Mais il reste une solution technologique que les fabricants ne voient guère prendre corps dans un futur proche : le chariot qui est scanné automatiquement, en passant sous un tunnel. Des tests auraient dû avoir lieu en Europe l’an passé : ils ont été reportés, selon Planet Retail.


I. D.
Automatisation : la 3e vagueAutomatisation : la 3e vagueAutomatisation : la 3e vague
Automatisation : la 3e vagueAutomatisation : la 3e vague

31 mai 2010

L’impact social en hypermarchés

L’impact social en hypermarchés

« Le nombre moyen d’employés par hypermarché, en baisse depuis des années, atteint un point critique. Critique du point de vue de la maintenance de l’outil commercial, du remplissage des rayons. Mais aussi en termes d’impact social. » Cet avertissement émane d’Yves Marin, consultant spécialisé dans la distribution et fondateur du cabinet Dashkoma. Il est vrai que la décrue n’est pas nouvelle. Selon les données de TradeDimensions, le nombre moyen d’employés en hypermarché est passé de 201 en 2005 à 196 en 2006, 190 en 2007, 187 en 2008 et, enfin, 183 en 2009 (données arrêtées à septembre 2009). Soit une chute de près de 9 % en cinq ans. Pour les caissières, la moyenne est passée de 27 employés en 2005 à 25 en 2009. La baisse est un peu moins forte (- 7,4 % en cinq ans). Mais les difficultés récentes du format ont contribué à mettre l’emploi encore davantage sur la sellette. « Il y a quatre postes de dépenses dans un hypermarché : la logistique, les frais d’exploitation du type énergie, le loyer et la masse salariale. Sur les trois premiers, la marge de manœuvre n’est guère importante ; en revanche, l’élasticité est immédiate en cas de mesure sur le personnel », poursuit Yves Marin. Le mouvement ne devrait guère ralentir, bien au contraire. Car les plans de réduction de coûts étudiés l’an passé devraient s’appliquer cette année. « Les effectifs dans les hypermarchés vont encore baisser d’ici à la fin de l’année, et c’est un mouvement général qui touche toutes les enseignes », assure Laurent Thoumine, associé du cabinet de conseil Kurt Salmon Associates (KSA).


I. D.

 L’EDITO
La tentation du virtuel

Consommer. D’un acte quotidien, tantôt banal, tantôt nécessaire, parfois jouissif, la crise en a fait un obstacle de plus au pouvoir d’achat des Français. Résultat : ils consomment moins. Selon l’Insee, les dépenses des ménages en biens ont reculé, en moyenne, de 0,5 % en 2011. Du...

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