Pour la quatrième année consécutive, les Trophées Femmes de l’Année de la distribution récompensent des parcours et des personnalités hors du commun qui oeuvrent dans les magasins. Revue de détail.
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« L’admission des femmes à l’égalité parfaite serait la marque la plus sûre de la civilisation, et elle doublerait les forces intellectuelles du genre humain », écrivait Stendhal. Les siècles ont passé et la parité hommes-femmes n’est toujours pas de mise en France. Lueur d’espoir tout de même en ce début de xxie siècle : l’Assemblée nationale a décidé de féminiser les instances dirigeantes des grandes entreprises. Le texte adopté s’appuie sur le modèle de la Norvège et fixe aux 650 sociétés cotées en Bourse un délai de trois ans après promulgation de la loi pour disposer de 20 % de femmes dans leurs conseils d’administration et de surveillance. Ce taux devra atteindre 40 % au bout de six ans. De son côté, le groupe des députés socialistes a proposé récemment une loi visant à faire bénéficier les Françaises des dispositions les plus favorables appliquées dans les autres pays de la Communauté européenne en matière d’égalité. Et, miracle, le groupe UMP a annoncé d’entrée de jeu qu’il allait voter cette proposition. Pour une fois, donc, nos politiques semblent à l’unisson pour reconnaître qu’il est plus que temps de voir la gent féminine bénéficier des mêmes droits que les hommes.
Des parcours étonnants Dans la distribution alimentaire, les femmes représentent toujours 61 % des effectifs. Et naturellement, on les retrouve aux postes d’hôtesses de caisse ou vendeuses, mais pas seulement. Omniprésentes, elles occupent des fonctions auxquelles on s’attendrait plutôt à trouver des hommes, comme responsable de la sécurité où encore de la boucherie traditionnelle, sans oublier la logistique. Ce sont ces parcours étonnants, diversifiés et toujours menés avec passion que les Trophées 2010 Femmes de l’Année de la distribution, manifestation organisée par le groupe Axel Springer dont Points de Vente est partenaire, veulent saluer pour la quatrième année consécutive. Comme chaque année, deux jurys se sont donc réunis, l’un professionnel et l’autre “passion”, afin de délibérer sur les dossiers présentés. « Ce prix s’installe, car les enseignes se sont organisées pour faire remonter les candidatures du terrain », constate Nicolas Sauzay, directeur général adjoint des publications Axel Springer. Nouveauté du cru 2010 : la création d’un Trophée Développement durable. Une initiative visiblement attendue par les enseignes puisque, pour cette première édition, une dizaine de candidatures a été envoyée. Au total, 74 dossiers ont été soumis cette année à l’appréciation des jurés. La catégorie Femme Manager reste la plus convoitée, avec 22 dossiers adressés au jury “pro”. Vient ensuite la catégorie Femme Passion avec 14 dossiers, puis les Femmes de Cœur (12) suivies des Femmes Développement durable (9). « Notre frustration reste toutefois entière de ne pas voir les femmes des groupements d’indépendants mieux représentées », regrette Nicolas Sauzay. Doux euphémisme… Chez Leclerc, Système U et Intermarché, qu’elles soient directrices de magasin ou hôtesses de caisse, les femmes n’ont visiblement pas le droit de concourir aux Trophées Femmes de la distribution. « C’est affligeant de ne pas voir les femmes qui travaillent dans ces groupements représentées. Cela nous manque », déplore pour sa part Brigitte Burman, membre habituée du jury professionnel et fondatrice de la société Distriplus. Autre habitué de ce jury, Nicolas Foliot, general manager chez Kao Brands France, regrette quant à lui que les candidates aient majoritairement… des parrains pour soutenir leur dossier ! « Le fait que les parrains soient des hommes prouve qu’il reste encore beaucoup à faire pour la parité dans la distribution », remarque-t-il. Des parrains, certes, mais qui n’ont pas ménagé leurs efforts pour soutenir leurs candidates. « La plupart des lettres de parrainage étaient superbement écrites, avec beaucoup de conviction », rappelle Brigitte Burman.
La fierté du secteur Muriel Hoyaux, directrice de la communication de la FCD, se félicite quant à elle d’avoir pu découvrir « des parcours remarquables qui démontrent les opportunités d’évolution qu’offre la grande distribution. Ces femmes sont la fierté de notre secteur. » Noëlle Bellone, déléguée générale de la Fédération des entreprises et entrepreneurs de France (Feef), membre du jury professionnel depuis la création de la manifestation, s’étonne encore de la modestie des profils par rapport à la grandeur des emplois. « Quand on va dans un magasin, on ne se rend pas compte de l’importance des postes. Ainsi, qui sait qu’une chef de caisse d’un hyper a sous sa responsabilité des dizaines de personnes ? » Au final, que de dossiers intéressants, de parcours inattendus, de femmes hors du commun. Et comme le rappelle Nicolas Sauzay, « les Trophées Femmes de la distribution restent un moyen incomparable pour les enseignes de mettre en avant la diversité et l’ascenseur social dans leurs entreprises ». A bon entendeur…
Emmanuelle Evina
Meilleur Espoir : Latifa Mourdi, Casino
08 mars 2010
Une femme d’aujourd’hui
Déterminée, rigoureuse, pétillante, tels sont les qualificatifs utilisés pour décrire Latifa Mourdi, responsable category management non alimentaire d’EMC Distribution. A tout juste 27 ans, son diplôme d’EM Lyon en poche et à peine trois ans d’expérience au sein de Casino, Latifa est pourtant en charge d’un projet majeur pour le groupe. Elle doit, avec son équipe, définir et mettre en place un category management au sein de l’organisation non alimentaire de Casino. Cela sous-entend transformer les méthodes de travail des équipes achats, faire évoluer les relations fournisseurs, optimiser l’assortiment et le pricing produits et intégrer la vente dans les décisions merchandising. Un projet de taille donc, impliquant de nombreuses personnes, pour la plupart des hommes avec plusieurs années d’expérience derrière eux. Mais cela ne gêne pas Latifa. « Ce qui importe, c’est la manière de mener le projet. Bien sûr, lorsque les category managers voient une jeune femme faire des formations et mener des réunions, ils sont dubitatifs. Mais cela peut devenir un atout et favoriser l’échange, explique-t-elle. On apprend en marchant, moi la première. » Sensible, intuitive, elle apporte un regard nouveau et moins typé “distrib”. Mais compréhension ne veut pas dire naïveté. Exigeante, elle l’est envers elle-même et les autres. « Latifa va toujours au fond des choses et ne laisse pas place à l’imprécision, indique son parrain, François-Henri d’Hotelans, directeur méthodes d’EMC Distribution. N’espérez pas qu’elle recule devant une difficulté ou tente de la contourner, ce n’est pas son genre. Mais grâce à une justesse de ton, elle arrive à faire passer beaucoup de choses. »
Une autorité naturelle Professionnelle, elle a une autorité naturelle et le sens des responsabilités. « Des qualités importantes pour une personne de son âge », estime François-Henri d’Hotelans. Ces qualités, elle les doit, entre autres, à son éducation. D’origine marocaine et issue d’une famille de six enfants, elle a appris à avancer sans avoir forcément toutes les cartes en main. « Quand on est six, il faut savoir être autonome et faire preuve de discernement. Mes parents m’ont transmis certaines valeurs, dont celle d’aller au bout de mes projets. Ils nous disaient souvent : “Nous n’avons pas de bibliothèque aussi fournie que certains, mais ce n’est pas grave, votre bibliothèque, c’est votre cerveau”. » Riche de son histoire familiale, Latifa sait d’où elle vient et où elle va. Son seul défaut s’il en est un : le perfectionnisme. « L’exigence est un atout, mais il faut que j’apprenne à la mesurer. Avec l’expérience, je pourrai nuancer lorsqu’il le faudra, trouver la solution réalisable si la plus souhaitable ne peut pas être atteinte. » Une chose est sûre, elle ne manque pas de maturité. Et il est à prévoir que ses qualités, reconnues par ses dirigeants, seront exploitées. Comme quoi la distribution commence à dépasser les a priori d’âge et de sexe pour privilégier la personne.
Camille George
Manager : Isabelle Lacaille, Carrefour
08 mars 2010
Maman et manager à temps complet
Age, 45 ans. Situation familiale : mariée, trois enfants. Loisirs : famille. Curieux hobby que voilà, mais Isabelle Lacaille est viscéralement attachée aux valeurs familiales. C’est une vraie pasionaria de la famille. Au sein de sa propre cellule tout d’abord. Issue d’une fratrie bourguignonne de huit enfants, elle a grandi très entourée. Son BEP secrétariat en poche, elle intègre rapidement Euromarché, où elle rencontre son premier mari. Et fonde très vite une famille. « Quand mon conjoint a été muté à Nanterre, je l’ai donc suivi avec nos deux enfants. Et j’ai tenté ma chance au Carrefour des Ullis (91) », raconte-t-elle. Malheureusement, leurs chemins divergent. « Une fois divorcée, il a donc fallu que je m’organise », explique-t-elle.
Assumer ses deux rôles Carrefour lui a alors proposé de travailler au rayon papeterie. « Je commençais ma journée à 7 heures après avoir déposé ma famille à l’école et je terminais à 16 heures, ce qui me laissait le temps d’aller récupérer mes enfants. C’était la course, mais je pouvais assumer mon rôle et de maman et de femme active. D’autant que j’ai été rapidement sollicitée pour la mise en place de nouveaux concepts dans le magasin : les fleurs coupées, les arts de la table, etc. » Isabelle a pris donc de plus en plus de responsabilités, ce qui lui a permis de s’épanouir au travail et, par ricochet, dans sa vie de maman. Elle a même fait un troisième enfant, tout en continuant de progresser dans la hiérarchie. « En dix ans, elle a découvert toute une palette des métiers de la distribution et a pu s’orienter dans ce qui lui convenait le mieux, la vente », souligne son parrain, Stéphane Elle. C’est d’ailleurs en vendant un four à micro-ondes qu’elle a séduit son second mari. Amoureuse, maman comblée de grands enfants (cinq au total avec ceux de son conjoint), elle se consacre alors pleinement à sa carrière. Objectif : devenir cadre. « En 2006, je suis une formation de six mois pour apprendre le métier de manager. Je quitte ensuite ma famille des Ullis, après seize années, pour devenir responsable des ventes à Carrefour Evry », raconte-t-elle. Le côté battant d’Isabelle y fait des merveilles : en 2009, le magasin passe, au classement national, de la 120e à la 12e place sur les rayons EPCS. Son employeur place alors la barre plus haut et lui propose d’intégrer Carrefour Belle-Epine pour y redresser le rayon multimédia. Le challenge est de taille : le magasin est plus gros et elle doit manager une équipe de dix vendeurs générant environ 10 M€ de chiffre d’affaires. De plus, elle se trouve éloignée de son domicile et ses horaires sont étendus, de 7 h 30 à 20 heures. Elle balaie la pression d’un sourire : « La motivation et les compétences », commente-t-elle au milieu de sa nouvelle famille de collaborateurs. Pas de doute, la mama va assurer.
Christelle Magaud
Développement durable : Corinne Mercadié, Casino
08 mars 2010
Une femme engagée !
Les Trophées Femmes de l’année de la distribution ont décidé de coller à une tendance incontournable dans la distribution avec la création du Trophée de la Femme Développement durable. Décerné par le jury Passion, ce prix récompense une femme qui “participe à un projet, professionnel ou personnel, de gestion des ressources naturelles ou de recyclage, pour laisser aux futures générations une planète encore plus belle”. Un engagement qui a inspiré les enseignes car avec neuf candidates, la catégorie démarre sur les chapeaux de roues. Et c’est Corinne Mercadié, responsable environnement-emballage chez Casino, qui l’a emporté. A 27 ans, cette ingénieur a mis en place et gère deux projets majeurs : la réduction des emballages des produits MDD et le développement de l’indice carbone, qui informe sur les émissions de CO2 durant les cinq principales étapes du cycle de vie du produit. Des projets qu’elle a défendus et présentés au niveau ministériel et international. Une expertise soulignée par son parrain, Marc Voinnesson, responsable du département projets et initiatives durables à la Direction qualité, qui soutient tout autant son engagement en tant que femme agissant au quotidien. Car Corinne est autant éco-friendly dans la vie privée qu’au travail. Pour preuve, la restauration de sa maison en appliquant les recommandations durables : pompe à chaleur, panneaux solaires thermiques…
Elise Cornevin
Dirigeante de magasin : Yasmina Zrazou, Auchan
08 mars 2010
Eloge de la détermination
Yasmina Zrazou est une authentique battante. Entrée chez Auchan en 1983 avec un simple contrat étudiant d’hôtesse de caisse, elle s’est rapidement passionnée pour l’entreprise, sa culture, ses valeurs, ses équipes, ses métiers. « A l’époque, je suivais un Deug de langues étrangères appliquées et je m’orientais vers le métier d’interprète-traducteur », se souvient-elle. En vingt-sept ans, elle a gravi avec un investissement sans faille tous les échelons hiérarchiques pour arriver aujourd’hui à la direction d’un important hypermarché Auchan en Picardie, à Méru (60).
Parcours exemplaire « Grâce à son management, à son sens de l’organisation rare et sa grande rigueur, les résultats sont toujours au rendez-vous, explique Thierry Palluat de Besset, directeur opérationnel Auchan Ile-de-France. Le parcours de Yasmina dans la distribution est sans aucun doute exemplaire. » Son secret ? Quand on l’interroge, elle parle de passion, de disponibilité et d’engagement. Quant à son équilibre vie privée-vie professionnelle, Yasmina semble avoir trouvé la bonne stabilité. « L’amplitude de travail sur une journée est large, explique-t-elle. Parfois, le contexte ou certaines périodes de l’année exigent un fort investissement. La recherche de cet équilibre ne doit pas être une obsession. En revanche, il est important de se ménager des plages de respiration, indispensables pour être bien dans sa vie. » Pour se ressourcer, elle privilégie les activités qui permettent l’évasion afin de couper avec cette vie professionnelle qui l’ancre dans la réalité : expositions, musique, cinéma, lecture… Elle fait également deux heures de sport par semaine. D’après sa hiérarchie, Yasmina est discrète et humble, des qualités qui la distinguent de ses homologues, le plus souvent masculins. Si on lui demande les aptitudes requises pour faire une carrière dans la distribution, elle répond sans hésiter : ténacité et adaptabilité, tandis qu’elle s’attribue personnellement confiance en soi et détermination. Son avenir ? Yasmina reste pragmatique. « Pour le moment, je n’ai qu’un seul cap : réussir le projet d’extension de mon magasin avec mes équipes », conclut-elle.
Caroline Maréchal
Meilleur Espoir : Marianne Norvez, Carrefour
08 mars 2010
La stratégie du sourire
Sortie diplômée de l’Ecole supérieure de la distribution avec la mention très bien, Marianne Norvez, 26 ans, en veut ! « Lorsqu’elle est venue me parler de sa candidature en tant que jeune Meilleur Espoir féminin, je lui ai tout de suite dit qu’elle avait le profil pour postuler dans cette catégorie », explique Joël Pagnot, parrain de la jeune femme pour l’occasion et directeur de l’hypermarché Carrefour de Lomme (59), dans lequel tous deux travaillent. « Elle gère tout de même 30 % des effectifs du magasin, c’est-à-dire qu’une personne sur trois est sous ses ordres. Alors, bien sûr, il existe des chefs de caisse plus âgées qui sont aussi compétentes, mais Marianne affiche beaucoup de détermination et de maturité pour son âge », souligne son parrain. Mais pas seulement. « Lorsque j’ai commencé à Lomme voilà maintenant trois ans, le climat social était très tendu, se souvient Marianne Norvez. Du coup, j’ai décidé de recevoir une à une toutes les personnes de mon équipe afin de les connaître. » C’est aussi cela la force de cette jeune responsable du secteur caisse et des relations clients : manager ses équipes en étant présente auprès de ses collaborateurs tout en prenant soin d’eux. Cette année, par exemple, six formations sont programmées sur le bien-être (coiffure, maquillage, relaxation, etc.).
Bonne ambiance de travail De quoi permettre à ses collègues de garder le sourire. Un sourire que la jeune femme conserve en toutes circonstances. « Je suis très axée sur l’amabilité car j’estime qu’avec un sourire, il est possible de tout faire passer, notamment auprès des clients lors de leur passage en caisse », explique-t-elle. Classé parmi les meilleurs de France en termes de rapidité de passage en caisse (27e en septembre dernier sur 227 unités), l’hyper de Lomme semble véritablement bien fonctionner en termes d’ambiance et de travail d’équipe. « Sans mon équipe, je ne suis rien », a d’ailleurs mentionné Marianne sur sa fiche de candidature. Un lien indéfectible paraît tissé entre cette jeune femme et « ses filles », comme elle aime à dire. Un rapport étroit qui permet à l’équipe de se surpasser et d’accepter les changements, comme l’arrivée, en juin 2009, de cinq caisses automatiques. « J’ai le sentiment d’avoir appris beaucoup de choses depuis mon arrivée dans le magasin », analyse Marianne. Et demain ? Elle se verrait volontiers dans les domaines des ressources humaines, de la communication ou du marketing. A bon entendeur…
David Bayot
08 mars 2010
Les autres lauréates
Femme de coeur : Charlotte Delerue, Auchan
“Je suis conseillère de vente et tutrice en magasin pour les travailleurs handicapés. Mon rôle consiste à accompagner ces salariés au sein de l’entreprise.”
Femme passion : Lætitia Lopez, Carrefour
“Dès l’âge de deux ans, j’ai évolué dans le monde de la danse. Je vais remettre mon titre de championne de France 2009 en jeu cette saison.”
Femme de coeur : Florence Liard, Auchan
“Je suis engagée dans le milieu associatif touchant à l’aide aux personnes handicapées, et tout particulièrement l’autisme.”
Femme citoyenne : Céline Fourcheneret, Carrefour
“Je me sens épanouie dans chacun de mes rôles et tout ceci grâce à toutes les personnes qui me soutiennent et m’entourent.”
Payer à la caisse. Le record historique est battu. Le prix du panier moyen des ménages n’a jamais été aussi haut : 137,60 € en novembre 2011. Une flambée qui s’élève à 4,4 % sur l’année 2011, soit 1,5 % de plus qu’en 2010 selon...