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08 mars 2010

Gilles Charpentier aux manettes de la Feef


Le pdg de Meralliance vient d’être élu président de la Fédération des entrepreneurs et entreprises de France. Son but : maintenir et faciliter les relations PME-distributeurs.

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Points de Vente – Vous venez d’être élu, le 3 mars dernier, président de la Feef. Qu’allez-vous changer ?
Gilles Charpentier –
Je ne vais rien changer, il s’agit plutôt d’une évolution, car c’est le contexte qui a changé. Nous sommes en effet dans l’après-loi Galland, donc le début de la LME avec, comme conséquences, un climat beaucoup plus difficile au moment où, en plus, une crise se conjugue à la mise en place de cette nouvelle réglementation. Cette conjonction d’éléments fait que les distributeurs sont dans une situation beaucoup plus compétitive qu’ils ne l’étaient auparavant. C’est la LME qui a remis en place cette compétitivité. Et à partir du moment où la compétition est plus importante, il y a obligatoirement une volonté des distributeurs de reconstituer leurs marges et ils souhaitent le faire soit sur leurs mar­ques propres, soit sur les marques des PME qui sont en linéaire, parce que sur les marques des multinationales, ils ont du mal à faire leurs marges !
Aujourd’hui, la Feef a de plus en plus d’adhérents qui sont confrontés à une situation plus compétitive et qui nécessite donc qu’on leur apporte un soutien plus important.

Quel rôle la Feef peut-elle jouer concrètement dans les relations entre PME et distributeurs ?
Gilles Charpentier –
L’idée est de s’adapter aux nouvelles exigences des distributeurs. Bon nombre d’entre eux s’orientent, par exemple, sur des assortiments régionaux. Or notre fonds de commerce, à la Feef, c’est de créer un relationnel entre nos adhérents – qui sont des entrepreneurs – et les distributeurs qui soit constructif et permette aux deux parties de faire du business. Nous y sommes parvenus grâce à un certain nombre d’opérations que nous avons mises en place, notamment des rencontres mensuelles entre les enseignes et les adhérents. Ces réunions, très productives, peuvent être déclinées au niveau régional pour des entreprises plus petites et pour les enseignes souhaitant avoir des assortiments régionaux – lesquelles sont, d’ailleurs, de plus en plus nombreuses.
Cela permettrait de réorganiser au niveau régional des liens que nous n’avons plus puisque la loi Galland avait gommé tous ces référencements régionaux pour privilégier des référencements centraux. Nous revenons à un business que nous pratiquions il y a une vingtaine d’années. La Feef va donc avoir des approches plus pertinentes en termes de régions, d’export et de réflexion aussi, au niveau recherche et développement. C’est sur ces points que nous allons faire porter nos efforts.

Certains membres de la Feef ont reproché à l’ancien président son immobilisme. La Feef va-t-elle faire plus entendre sa voix grâce à vous ?
Gilles Charpentier –
Nous avons réali­sé un tour de France au travers d’un questionnaire que nous avons adres­sé à nos adhérents. Une centaine d’entre eux a répondu et a très clairement exprimé sa volonté que la Feef, qui a toujours eu une attitude collaborative et constructive avec la grande distribution, continue à ­capitaliser sur ce relationnel, mais aussi s’affirme vis-à-vis de l’admi­nistration et des politiques comme étant un mouvement représentatif d’entrepreneurs qui s’investissent et veulent être respectés, reconnus et entendus lorsque de grandes décisions se prennent.

Des décisions comme la LME ?
Gilles Charpentier –
Soyons clairs : la LME pénalise aujourd’hui beaucoup plus les PME que les multinationales ! D’abord parce que les distributeurs arbitrent les places en linéaire et il est donc devenu difficile d’y maintenir les marques de PME ; ensuite parce qu’ils renégocient les prix à la baisse sur les MDD que nous fabriquons afin de conserver un réel écart entre leurs marques et celles des multinationales. Enfin, ils nous demandent d’innover pour leurs MDD, mais nous ne pouvons pas faire tourner nos usines uniquement pour des produits de niche ! Donc, nous sommes les plus contraints par cette loi.

Comment anticipez-vous 2010 ?
Gilles Charpentier –
Je ne suis pas très optimiste. 2009 a été une relativement bonne année pour l’industrie alimentaire, mais pas forcément pour les autres marchés, notamment le textile. J’ai le sentiment que 2010 démarre moins bien. Le climat est plus morose qu’il ne l’était en 2009 à la fois du fait des négociations difficiles et en raison d’une consommation un peu atone. Qui plus est, certains business models comme l’hypermar­ché sont en difficulté. Nous vivons donc une redistribution des cartes qui va être difficile à gérer.

On a beaucoup évoqué l’an dernier les difficiles relations des PME avec les ban­ques. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Gilles Charpentier –
2009 a effectivement été un virage, c’est pourquoi les banques ne prêteront plus comme avant pendant un certain temps. Et les PME n’emprunteront plus com­me avant… Il est clair que les difficultés qu’un certain nombre de PME vont rencontrer à la suite de la mise en place de la LME et de la conjoncture risquent de tendre un peu plus les relations avec les banquiers. Nous allons en discuter et la Feef jouera son rôle auprès des associations de banquiers et des politiques pour soutenir ses adhérents.

Qu’attendez-vous des politiques ?
Gilles Charpentier –
Le fait d’avoir travaillé aux Etats-Unis et au Canada m’aide à considérer l’Europe comme un vaste marché, au même titre que l’Asie. On ne peut pas continuer à prôner la libre concurrence au sein de l’Europe et favoriser la mondia­lisation des échanges quand nos concurrents, eux, se terrent dans leur protection. La Pologne, qui fait partie de l’Union européenne, bénéficie de 72 Md€ de subventions annuel­les et continue de fonctionner avec une monnaie sous-évaluée ! C’est ­inadmissible ! Nous devons réagir et les politiques ont une responsabilité évidente dans ce domaine.

La Feef gagne-t-elle des adhérents ?
Gilles Charpentier –
Oui, régulièrement. Et l’idée pour 2010 va être d’accélé­rer le recrutement en demandant à chaque adhérent de parrainer de nouveaux venus.



Propos recueillis par Emmanuelle Evina

08 mars 2010

Parcours

1953
Naissance le 29 mai.
1979
Diplômé de l’ESC Rouen, il débute sa carrière à la Sopexa pour faire la promotion aux Etats-Unis des vins et fromages français.
1981
Il prend en charge le marketing de Sodima Yoplait pour l’Europe du Nord et l’Amérique du Nord.
1986
Il part au Canada où il devient directeur général de l’agence de publicité BCP.
1990
Retour en France où il devient directeur du marketing et du développement du groupe Ortiz Miko.
1994
Il prend le contrôle d’Armoric, puis en 1999 celui de Profumer et en 2001 celui de Narvik.
2002
Création de Meralliance, n° 1 sur le marché du saumon et des poissons fumés et marinés sous MDD.
2010
Il est élu président de la Feef.


Rédaction Points de vente

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