Ce passionné de nouvelles technologies a réussi, avec Trace One, à faire collaborer distributeurs et industriels en matière de qualité et sécurité alimentaires des MDD.
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Points de Vente – Vous semblez fasciné par l’évolution des technologies… Jérôme Malavoy – Effectivement, je crois impensable de vivre professionnellement sans une veille constante sur l’évolution des technologies qui accompagnent nos vies. J’ai fait entrer les technologies aux Editions Harlequin avec le traitement de texte, l’enrichissement des documents, etc., et cela nous a fait gagner des parts de marché. Ma première entreprise, SMG, était fondée sur les nouvelles technologies nécessaires à l’édition. Enfin, quand internet est arrivé, je suis allé suivre un master de multimédia aux Beaux-Arts pour mieux comprendre cet univers, les différents protocoles, la collaboration, les logiciels, etc.
D’où la création en 2001 de Trace One… En effet. A l’époque, un jeune garçon [toujours dans la société aujourd’hui – Ndlr] m’apporte un dossier afin d’initier une place de marché pour les marques de distributeurs (MDD). Je lui ai proposé de créer une place de collaboration pour les industriels et les distributeurs, sorte de market place basée sur la qualité et la sécurité alimentaires. Il faut dire que nous étions en pleine période de la maladie de la vache folle !
Distributeurs et industriels étaient-ils prêts à collaborer ? Non. Cependant, la distribution a exprimé une stratégie claire : sa volonté de travailler avec une multitude d’industriels, bien structurés, afin d’avoir une politique de marque propre solide. Pour moi, il y avait donc de la pérennité à travailler au milieu du tissu industriel et de la grande distribution. Nous avons démarré sur les sujets de la sécurité alimentaire, la protection du consommateur, la conformité des produits aux grandes lois édictées par Bruxelles, en particulier les réglementations sur la traçabilité des données et des ingrédients. C’est ainsi que nous avons réussi à convaincre les distributeurs (Carrefour, puis Casino et Auchan).
De quelle manière fonctionnez-vous avec eux ? Trace One héberge sa solution et la distribue en mode SAP. Les industriels s’abonnent en ouvrant un compte sécurisé pour exploiter le logiciel à distance. La mise en œuvre est donc extrêmement simple.
Selon vous, qu’est-ce qui a suscité leur adhésion à Trace One ? La création de Trace One a coïncidé avec la volonté des distributeurs de montrer qu’ils étaient capables de développer de bonnes pratiques. Avec Trace One, nous les avons convaincus qu’ils pouvaient aider les industriels à mettre en place des outils collaboratifs pour gérer les problèmes de traçabilité et de sécurité du consommateur en utilisant un modèle unique, proposé à tout le monde, un logiciel qui évite aux industriels de multiplier les outils. Si Trace One n’avait pas existé, il serait né Trace Carrefour, Trace Auchan, etc. Cela aurait généré des coûts gigantesques pour les industriels, qui auraient dû s’adapter à chaque dispositif.
Qui paie pour l’utilisation de Trace One, les industriels ou les distributeurs ? D’une façon générale, les distributeurs ont beaucoup investi au départ. Ils ont payé la mise en place de toutes les données, celle de tous les cahiers des charges et ils continuent à acheter des services, par exemple des requêtes pour trouver un ingrédient interdit. Les industriels, eux, paient un abonnement pour utiliser Trace One en collaboration avec le nombre de distributeurs souhaité.
Le développement exponentiel des MDD a-t-il généré un développement équivalent de Trace One ? Nous sommes effectivement sur un marché très dynamique. Certains industriels affichent 5 %, voire même 10 % d’augmentation de leur chiffre d’affaires en pleine crise ! Je m’en félicite, car nous réussissons avec eux ! Il est clair que la volonté des distributeurs de développer leurs marques propres, et donc de mettre en place de bonnes pratiques pour y parvenir, a assuré le succès de Trace One.
Que représente pour vous le rachat récent de la société Eqos ? Nous avons racheté fin 2009 la société britannique Eqos qui avait la même activité que nous, mais dans le domaine non alimentaire (jeux, électricité, bricolage, textile). Nous avons finalisé cette acquisition car Eqos nous a apporté à la fois le marché britannique, sur lequel nous étions absents, et des compétences pour le non-alimentaire. Avec Eqos, nous avions la possibilité de créer un groupe unique ! C’est aujourd’hui chose faite.
Quels développements envisagez-vous désormais pour Trace One ? Nous sommes déjà présents dans différents pays, notamment en Espagne, où nous venons de créer une société juridique. Nous y travaillons avec Carrefour, Eroski et prochainement deux autres centrales. Mais le développement de demain pour Trace One, c’est avant tout l’Europe, en particulier le marché britannique, sur lequel nous travaillons désormais grâce à Eqos, avec Tesco, Sainsbury’s, HMV… Nous sommes aussi devenus partenaires du British Retail Consortium (BRC), l’association professionnelle de la distribution britannique. Nous avons développé ensemble une plateforme qui permet aux distributeurs britanniques de gérer 15 000 industriels avec les cahiers des charges pour toutes les problématiques de la conformité des produits. Par ailleurs, nous cherchons à nous développer aux Etats-Unis, puis, une fois que nous aurons structuré le marché américain, nous nous attaquerons à l’Asie, car les enseignes nous demandent de les suivre dans leur développement international.
Pourquoi attendre avant de vous développer en Asie ? Parce que les marchés n’ont pas la même maturité. Ainsi, les problèmes en Chine sont liés aux entreprises chinoises qui veulent exporter en Europe ou aux Etats-Unis. Pour le commerce intra-chinois, la maturité des réglementations n’est pas équivalente à celle que nous observons aux Etats-Unis ou en Europe.
Que représente la recherche et développement pour vous ? Nous travaillons beaucoup car les technologies évoluent et les exigences de performance et de sécurité des données sont de plus en plus élevées. Nous consacrons 30 % de notre chiffre d’affaires à la recherche et développement. Quand nous avons démarré, Carrefour a mis un auditeur chez nous pendant neuf mois pour s’assurer que nous travaillions correctement. Aujourd’hui, nous gérons deux plateformes internet distantes de 500 km. Si un avion tombe sur l’une d’elles, nous pouvons démarrer la deuxième plateforme dans les deux heures qui suivent. Par ailleurs, nous payons des hackers qui ont pour mission de casser nos codes de sécurité. Nous protégeons donc sans cesse les données de nos clients.
Vous qui étiez dans l’édition, trouvez-vous autant de plaisir dans ce métier très technique ? Je trouve formidable d’avoir créé une entreprise dans un univers technologique avancé. Je travaille donc avec des gens dont la moyenne d’âge est de 35 ans. Cela me fait du bien. Et je continue d’adorer les livres, puisque j’en lis un tous les deux jours, sans oublier ma passion : la poésie !
Propos recueillis par Emmanuelle Evina
08 février 2010
Parcours
21 février 1948 Naissance. 1983 Après avoir débuté sa carrière comme chef de produit dans des sociétés américaines de grande consommation, il prend la direction générale des Editions Harlequin. 1987 Il prend la direction du groupe Média Participations (BD, presse, audiovisuel) et devient administrateur aux NMPP. 1991 Il crée le groupe SMG. 1997 Il réalise une OPA sur le groupe Quo Vadis. 2001 Il fonde Trace One et en devient le pdg. 2005 Rachat de la société Catalogic. 2006 Trace One reçoit le prix Oséo de l’entreprise de technologie la plus innovante. 2009 Acquisition de la société britannique Eqos. Trace One réalise 20 M€ de CA et emploie 140 personnes.
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