Dernier phénomène médiatique ou vrai outil de communication? Les réseaux sociaux, qui permettent à tout un chacun de créer, échanger et consulter du contenu, ont de plus en plus la cote auprès des annonceurs.
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Cela fait du buzz sur la Toile quand un annonceur tel Pepsi décide, après vingt-trois ans, de ne pas faire de publicité lors de la dernière édition du Super Bowl de février, et ce pour investir l’argent épargné dans les médias sociaux. Une telle stratégie ne peut pas laisser le marché indifférent… Les 20 millions de dollars de publicité télé ont été transférés dans un dispositif digital baptisé “The Pepsi Refresh Project”, où chacun peut soumettre un projet destiné à améliorer la société, lequel est ensuite soumis au vote des internautes et Facebookers.
Plus d’audience que Google De son côté, Coca-Cola a décidé de conserver ses spots télé, et de faire converger l’audience massive de la diffusion de la grande finale de football américain vers sa page Facebook “Live Positively”, aux ambitions toutefois plus commerciales. Parallèlement à ce combat de géants, Dove soutenait sa ligne de produits pour homme en télé tout en twittant en direct de l’événement. Oui, mais cela se passe aux Etats-Unis qui comptent des millions de tweeters et où Facebook s’est offert le luxe, voici quelques semaines, de faire plus d’audience que Google… C’est vrai, il n’empêche que les réseaux sociaux sont aussi en plein boom en France. Twitter y recense quelque 150 000 comptes, ce qui est loin d’être négligeable compte tenu du caractère influent de nombre de “followers” (nom des utilisateurs). Quant à Facebook, il est désormais le quatrième site le plus visité dans l’Hexagone, avec 21,3 millions de visiteurs uniques en janvier et une couverture de 56 % de la population internaute, selon Médiamétrie. Le réseau social compte 15 millions d’utilisateurs actifs par mois, dont 50 % se connectent chaque jour durant 20 minutes. Quand on ajoute que, selon l’étude Face to Facebook de Fullsix Group, 5 millions d’utilisateurs sont devenus fans d’une marque en moins d’un an et que 82 % des fans le sont de deux marques ou plus, on mesure le degré d’engouement que ces réseaux sociaux peuvent provoquer auprès des marques. « Il est quand même nécessaire de lever quelques mythes, tempère Agnès Laurent, cofondatrice de l’agence de conseil en stratégies communautaires ROSE (Return On Social Experiment). Il faut d’abord savoir qu’on n’infiltre pas une communauté. Qu’on soit marque, produit ou personnalité, on doit participer à la vie de la communauté avec transparence et honnêteté. Les membres de la communauté vous en sauront gré et engageront le dialogue. Dire : “Je veux aller sur Facebook et Twitter”, bravo. Mais quel est votre objectif ? Pour diffuser quel type d’information et pour parler à qui ? »
Les marques y ont leur place Pour Stéphane Allard, directeur général de Spheeris, agence de RP interactives, « un réseau comme Facebook est d’abord un lieu d’échange entre amis, dans lequel les marques ont leur place, mais en sachant que les internautes ne viennent pas là pour elles. C’est ce que nous tentons d’expliquer à nos clients ». Spheeris est filiale du groupe ViaNova, lequel, spécialisé au départ dans les relations publiques, a été amené comme la plupart des cabinets de RP à monter une structure dédiée aux réseaux sociaux pour répondre à la demande de ses clients. On peut penser que certains secteurs d’activité s’y prêtent plus naturellement que d’autres, à commencer par ceux qui parlent aux fans de nouvelles technologies, jeux vidéo… Pour la Tournée PlayStation Experience 2010, organisée en février dans cinq stations de ski renommées, la marque avait une page dédiée à l’événement sur Facebook, sur laquelle plus de 40 000 fans se sont envoyé des boules de neige virtuelles.
Facebook, un outil incontournable « C’était un outil incontournable pour donner encore plus d’ampleur à l’événement, raconte Didier Stora, président de l’agence Gyro : HSR qui en a eu la charge. C’est d’autant plus important que PlayStation s’adresse en grande partie à une cible jeune pour qui les médias sociaux sont le quotidien. » Ce propos est confirmé par l’étude qu’a consacrée l’édition Consojunior 2010 aux Jeunes & médias sociaux : elle y note pour la première fois une baisse dans la pratique des blogs au profit des réseaux sociaux. L’usage de ces derniers se déploie massivement entre 2008 et 2010, puisqu’on passe de 15 à 50 % de connexions régulières. Mais il n’y a pas que les marques pour “djeuns” qui utilisent les médias sociaux. Selon Fullsix Group, les marques qui ont des fans sur Facebook, par exemple, proviennent de tous les secteurs. Les marques de mode sont les plus représentées (42 % des fans). Côté distribution, H&M, par exemple, est très actif sur ces réseaux. Pour sa part, Newlook est déjà sur Facebook France, annonce Nicolas Reynaud, directeur marketing Europe continentale du distributeur britannique. « C’est un outil formidable, notamment pour prendre la température de nos promotions. Le taux de retour est beaucoup plus important qu’une campagne d’e-mailing. Nous l’utilisons aussi beaucoup pour signaler les événements que nous organisons : soirées, concerts. Cela crée du trafic dans les magasins où les gens doivent venir pour participer aux tirages au sort. » La mode dispose même de son propre réseau social avec Ykone, « un réseau éditorialisé qui a pour objet de servir d’interface entre les marques et leurs fans, car en matière de mode, on parle vraiment de fans », explique Olivier Billon, cofondateur. L’alimentaire n’est pas en reste et fait, selon Fullsix Group, jeu égal avec la mode, avec aussi 42 % des fans. Carrefour est le premier distributeur à proposer une application Facebook de ventes flash. Réalisée par Publicis Modem et baptisée Faceshopping by Carrefour, elle propose chaque jour, à partir de 10 heures, une vente flash aux utilisateurs du réseau.
Les accros aux réseaux sociaux Côté produits, le baromètre SoWine/SSI 2010 nous apprend que les acheteurs de vin ont une activité fréquente sur les réseaux sociaux (26 % plus élevée que la moyenne), que ce soit pour y chercher de l’information, y donner des conseils ou simplement pour dialoguer. L’édition 2010 des Phénix, remis par l’Union des annonceurs (UDA) “aux campagnes servant de façon innovante la relation entre la marque et le consommateur”, qui s’est tenue le 22 mars, a mis en lumière des marques accros aux réseaux sociaux. C’est le cas de Michel & Augustin, Phénix d’or, dont la stratégie de communication décalée implique d’animer la tribu, de faire vivre l’histoire de la marque et de ses produits en ayant un groupe sur Facebook. C’est aussi le cas d’Evian (Danone), qui a reçu le Phénix de bronze pour la campagne de BETC Euro RSCG mettant en scène les bébés danseurs de hip-hop acrobatique. Et la liste des exemples ne cesse de s’allonger chaque jour. Autant d’opérations qui nécessitent d’être bien conseillé afin de ne pas “faire du Facebook pour faire du Facebook” ; et qui, de l’avis général, nécessitent du temps et donc des ressources humaines, un critère pas forcément pris en compte au départ. « Nous avons pu une fois de plus vérifier à quel point c’était très important lors de l’opération “Ambassadeur de star” que nous venons de finaliser pour Orange et LG Electronics, raconte Christophe Remy, cofondateur de l’agence Delasource. Les internautes se sont sentis bien pris en charge par les community managers, qui étaient trois à être en contact avec eux via Facebook, Twitter et même par mail. » Cette opération, qui se termine ces jours-ci, est un jeu-concours conjuguant usage mobile des réseaux sociaux, participation et activation on line, en France et en Espagne, pour élire le meilleur ambassadeur de Taylor Lautner, révélé par le film Twilight. Objectif des deux marques : expliquer les usages qui peuvent être faits du mobile social web.
Etre bien armé « Il faut effectivement être bien armé quand on se lance dans ce genre de dispositif car il est très chronophage, ne serait-ce, déjà, que parce qu’on travaille avec trois agences au lieu d’une », confirme aussi Elisabeth Bloch, chef de marque confiserie chez Kraft Foods, en charge de la marque Suchard. Rocher Suchard était en effet fortement présente en affichage le mois dernier et aussi de manière originale sur internet pour y mettre en avant sa nouvelle plateforme de communication sur le thème “Le retour du plaisir”. L’agence Ubi Bene et le studio média Arthur Schlovsky avaient ainsi créé, pendant une semaine, Le 8 by Suchard, “la Maison des plaisirs défendus”, au Scopitone, un club bien connu des noctambules parisiens. La chanteuse et comédienne Helena Noguerra, recrutée comme maîtresse des lieux, était chargée d’établir sa liste d’invités en encourageant chaque internaute à désigner un proche pour chaque péché dans un clip interactif conçu pour Facebook. Les pécheurs impénitents désignés par leurs proches gagnaient leur sésame pour l’Illicit Party au Scopitone. « Nous réfléchissons avec l’agence à la façon de continuer à faire vivre ce dispositif de manière rigolote, remarque Elisabeth Bloch. On attend aussi de voir l’évolution des volumes vendus, sachant que ce sera du long terme car il faut installer cette plateforme autour du plaisir pour redynamiser le Rocher. »
Les réseaux font-ils vendre plus ? Car la question qui fâche est là : les réseaux sociaux font-ils vendre plus ? Difficile à dire, car cet outil est rarement utilisé seul mais plutôt dans le cadre d’une communication plurimédia. « Nous ne pensons pas que l’on peut changer les ventes en magasins avec une campagne de réseaux sociaux », affirment en chœur Frédéric Lambert et Vincent Quenor, fondateurs de l’agence Passage Piéton, laquelle travaille le sujet avec des marques de Procter & Gamble ou, récemment, Pringles pour le lancement des variétés Xtreme. « En revanche, on amène le petit moment d’émotion qui peut permettre d’être dans la tête des gens en entrant dans le magasin… », ajoutent-ils. D’après Fullsix Group, 64 % des fans de marques sur Facebook sont prêts à encourager leurs amis à en devenir clients. Ne reste qu’à adopter la bonne stratégie pour leur donner envie de le faire !
Lena Rose
05 avril 2010
Corine de Farme discute avec ses fans
Points de Vente – Pourquoi avoir décidé d’utiliser les réseaux sociaux pour la marque Corine de Farme ? Sylvain Derreumaux – Nous avons constaté qu’il y avait un certain nombre d’espaces de discussion où l’on parlait déjà de notre marque – forums, blogs, sites de tests beauté – et nous avons souhaité créer une sorte de cadre. Nous avons mis en place une page fan Facebook en novembre 2009 et commencé à l’alimenter régulièrement en janvier dernier. Elle compte actuellement 538 fans. Corine de Farme est également sur Twitter, un bon outil pour faire de la veille de marque. Enfin, Sarbec Cosmetics a aussi ouvert un compte sur Dailymotion [plateforme de partage de vidéos – Ndlr] afin de mettre les spots de publicité à la disposition des blogueurs.
Comment utilisez-vous ces réseaux sociaux ? Nous y relayons un certain nombre d’informations sur les lancements de produits, les articles parus sur la marque. Nous annonçons aussi en priorité à nos fans les opérations de promotion près de chez eux, nous leur proposons de tester des produits, etc. Et nous allons développer la fonctionnalité que ces réseaux offrent de lancer des sujets de discussion sur les causes qui nous tiennent à cœur autour des produits naturels, par exemple.
Qu’est-ce que ces réseaux vous apportent de plus qu’une campagne média traditionnelle ? Sur Facebook, les internautes choisissent de quelle marque ils souhaitent être fans et ils s’y identifient par affinité, à la différence de la publicité. Sur Twitter, l’audience est plus confidentielle, mais on s’y adresse à des technophiles, blogueurs qui vont relayer largement l’information. Sans compter que ces médias sont une bonne manière de percevoir des réactions que nous pouvons faire remonter directement aux personnes en charge du développement des produits.
Propos recueillis par Lena Rose
05 avril 2010
“Une véritable stratégie”
Point de Vente – Où en sont réellement les marques dans l’utilisation des réseaux sociaux ? Sabine Maréchal – C’est un sujet qui agite beaucoup les neurones. Chaque atelier que nous avons fait sur ce sujet a suscité un engouement tellement fort auprès des directions marketing que nous avons décidé de mener une étude en septembre-octobre auprès de 50 annonceurs sur leurs relations et leurs intentions en matière de médias sociaux. Il en ressort qu’ils ont une conviction profonde de l’intérêt des réseaux sociaux, car toute marque rêve d’être recommandée, mais sans que cela s’accompagne d’actions au niveau de leur propre marque.
Qu’est-ce qui motive leurs réticences ? Un certain nombre de ceux qui s’y sont lancés estiment que ça ne marche pas, pour la simple raison qu’ils se sont limités à créer une page Facebook sans rien activer d’autre, sans aucune réflexion stratégique ni objectif, concept ou animation que ce soit. Il y a un important travail de pédagogie interne à fournir pour expliquer qu’il s’agit d’une véritable stratégie, qui se décide en amont, pour une action à moyen terme plutôt qu’un one shot, et qui implique une activation par différents leviers, du relationnel, de la promotion, du jeu, de la captation, etc. Cela nécessite également des ressources humaines et un budget, car si ouvrir une page fan est gratuit, il en va différemment de la stratégie globale.
Y a-t-il des perceptions différentes selon les secteurs d’activité ? Il y a, à mon sens, une différence entre les marques qui n’ont pas de points de vente en propre et les autres. Les premières cherchent toujours de nouveaux moyens pour être reconnues dans leur secteur et c’est une telle nécessité qu’elles trouvent le budget et les ressources humaines. Tout ce qui peut être canal alternatif est important pour elles, comme générer la préférence de marque en l’“événementialisant” sur Facebook. Notre agence a, par exemple, organisé un jeu pour Asus afin d’animer la communauté de Facebookers en les incitant à défier Karim Rashid, le designer des nouveaux Eee PC, sur son domaine de prédilection, le design. Care vient également de mettre en ligne la page Facebook de Lancaster, dans laquelle les femmes peuvent entrer en contact direct avec les conseillères beauté de la marque et ainsi dialoguer autour de la protection solaire. Le food, quant à lui, a mis plus longtemps à arriver sur le web en général, car les marques sont gérées par de grosses machines, très focalisées sur le point de vente. Mais il vient aux réseaux sociaux. Nous avons récemment lancé l’opération “1 gel douche Sanex 0 % acheté = 1 m2 de rivage nettoyé” dans le cadre du partenariat de Sanex avec la Surf Rider Foundation. Le site internet sanexzero.fr a été conçu comme une plateforme d’influence. L’internaute y est invité à participer au “grand concours d’influence” qui consiste à faire connaître l’opération à tous ses amis, par tous les moyens viraux possibles : mail, Facebook, Twitter, Messenger. Il y aura probablement une page Sanex sur Facebook dans un deuxième temps.
Propos recueillis par Lena Rose
05 avril 2010
Les majors sont conquises
Sur les 100 premières entreprises internationales sélectionnées dans le classement annuel du magazine Fortune, 79 sont déjà des adeptes des réseaux sociaux. C’est ce qui ressort d’une étude réalisée entre novembre 2009 et janvier 2010 par l’agence Burson-Marsteller parmi un échantillon de 48 entreprises européennes, 29 nord-américaines, 20 asiatiques et 3 latino-américaines. On y apprend notamment que 65 % “tweetent” activement en alimentant simultanément 4,2 comptes Twitter en moyenne, Samsung étant le champion du genre avec rien moins que 15 comptes ! 54 % de ces majors sont adeptes de Facebook et disposent même en moyenne de 2,1 pages fan chacune. 50 % sont affiliées au site de partage de vidéo YouTube avec une moyenne de 1,6 compte et 33 % bloguent (4,2 blogs). Toutes les entreprises n’utilisent pas (encore) ces quatre réseaux sociaux simultanément, seules 20 % le font. Mais toutes entretiennent en revanche activement leur conversation digitale : elles envoient en moyenne chaque semaine 27 tweets, 3,6 posts sur Facebook, postent 10 nouvelles vidéos sur YouTube par mois et 7 posts sur leurs blogs. Et elles en récoltent les fruits. D’après l’étude, chaque page fan Facebook fédère près de 41 000 fans. Les comptes Twitter d’entreprises sont, eux, une porte d’entrée vers environ 1 500 followers tandis que, inversement, les entreprises qui “tweetent” suivent en moyenne 731 followers. L’étude Burson-Marsteller souligne certaines disparités entre les entreprises des différents continents.
Des progrès restent encore à faire Alors que celles situées aux Etats-Unis et en Europe utilisent principalement Twitter (72 % aux Etats-Unis et 71 % en Europe) et Facebook (69 et 52 %) plutôt que les blogs d’entreprise (34 et 25 %), les entreprises d’Asie-Pacifique privilégient l’utilisation des blogs (50 %) à Twitter (40 %) et Facebook (40 %). Et en France ? « En France, les entreprises utilisent de plus en plus les réseaux sociaux, mais beaucoup de leurs comptes Twitter sont limités à une “poussée” d’informations (alimentées par le site internet de l’entreprise, les annonces des ressources humaines, les résultats des sponsorings sportifs…), indique Philippe Pailliart, président de Burson-Marsteller Paris. Force est de constater qu’au niveau de l’interaction avec les parties prenantes, des progrès restent encore à faire ! »
Consommer. D’un acte quotidien, tantôt banal, tantôt nécessaire, parfois jouissif, la crise en a fait un obstacle de plus au pouvoir d’achat des Français. Résultat : ils consomment moins. Selon l’Insee, les dépenses des ménages en biens ont reculé, en moyenne, de 0,5 % en 2011. Du...