La crise a permis à la coloration à domicile de garder toutes ses couleurs auprès des femmes, qui ont moins dépensé chez leur coiffeur. Mêmes causes mais effet inverse pour les coiffants, jugés plus superflus que nécessaires.
;
Estompez vos cheveux gris en cinq minutes pour un vrai coup de jeune !” Cette exhortation, lancée par Patrick Dempsey, le beau Docteur Mamour de la série Grey’s Anatomy, convaincra-t-elle les hommes de toucher à ce que beaucoup considèrent encore comme un signe de séduction massive ? C’est le pari que lance Excell 5’ de L’Oréal Paris, un produit sans ammoniaque présenté comme la dernière génération des colorations ton sur ton pour les hommes. Destiné aux quadras-quinquas qui veulent estomper leurs cheveux gris tout en gardant un effet naturel, ce gel crème recolorant est formulé pour que la couleur obtenue se superpose en transparence à la couleur naturelle des cheveux, « sans effet casque et sans qu’elle ne vire au jaune-roux », explique Christophe Robin, coloriste des stars et expert de L’Oréal Paris. A la différence des produits féminins, Excell 5’, formulé sans reflets chauds, ne cherche pas à couvrir en totalité les cheveux blancs.
Praticité et rapidité « Les nuances ont été calibrées afin de mettre du poivre dans le poivre et sel, précise Françoise Lehmann, directrice du marketing international du capillaire de L’Oréal Paris. L’objectif n’est pas de redonner aux hommes la couleur de leurs 20 ans mais celle qu’ils avaient quelques années plus tôt, lorsqu’ils avaient moins de cheveux blancs, ce qui a été une vraie révolution pour nos laboratoires habitués à mettre au point pour les femmes des formules qui couvrent 100 % des cheveux blancs. » L’application du produit elle-même, globale ou localisée sur les tempes, a également été pensée pour répondre aux attentes de praticité et de rapidité de la gent masculine : l’applicateur est en forme de brosse et le temps de pause a été réduit à cinq minutes. Ce gel recolorant, dont l’effet s’estompe progressivement au bout de quatre semaines, est proposé en France en cinq nuances, du châtain profond au blond foncé, choisies dans la palette des huit commercialisées au niveau mondial. Quand on sait que 50 % des hommes français ont des cheveux blancs mais que seulement 3 % les colorent, on comprend que Françoise Lehmann reconnaisse que « c’est un peu le grand saut pour L’Oréal Paris ». L’affaire l’oréalienne s’était déjà lancée dans l’aventure il y a une vingtaine d’années avec Progress Homme, « un produit repigmentant qui fonctionnait un peu comme un autobronzant », rappelle-t-elle. Toujours commercialisé, Progress Homme représente 1 % de part de marché valeur du total coloration, un poids équivalent à celui de Pétrole Hahn d’Eugène Perma et de Men Perfect de Schwarzkopf (0,7 %, cumul courant arrêté à fin novembre 2009), deux colorations également actives en cinq minutes, mais plus couvrantes.
Un marché en escalier « C’est un marché en escalier auquel nous avons fait gravir une marche supplémentaire en y arrivant à notre tour il y a deux ans, et il est bon de lui redonner un coup de projecteur, déclare Agnès Thée, directrice du marketing de Schwarzkopf & Henkel France. Reste à savoir si la coloration restera pour les hommes un geste occasionnel ou deviendra au contraire un geste régulier, comme c’est le cas en Asie ou aux Etats-Unis. » Pour le développer, Schwarzkopf communique régulièrement sur Men Perfect durant la période des fêtes de fin d’année. L’Oréal Paris compte également soutenir Excell 5’, qui sera mis en avant en radio, dans une boutique pédagogique installée dans les magasins ainsi que sur son site internet. « Notre objectif est d’atteindre le niveau de Casting Crème Gloss (8,9 %) et je crois que cela ira plus vite qu’on ne le pense si l’on en juge par le bouche à oreille qui fonctionne déjà bien », indique Françoise Lehmann. Un objectif clairement ambitieux mais que la marque dit conforté par la bonne performance du segment de la coloration homme qui affichait une évolution de 4,2 % en valeur au cumul courant arrêté à fin novembre 2009. L’homme sera-t-il le relais de croissance de la coloration ? On n’en est pas encore là mais toute nouvelle initiative pour booster l’ensemble du rayon est la bienvenue. Après un retour positif en valeur en 2008, le marché de la coloration a, en effet, connu un retournement en 2009, avec une évolution de - 1,3 % en valeur et de - 0,3 % en volume, au cumul annuel à fin novembre 2009. « Pour autant, la coloration à domicile continue à recruter des consommateurs, avec une hausse de la pénétration de 30 à 30,7 points au 3e trimestre 2009, le niveau moyen d’achat est stable, à 3,7 produits par an, et le budget moyen progresse de 0,80 € pour atteindre 29,8 € », souligne Amandine Rassat, directrice marketing de Garnier France. Autre sujet de satisfaction pour les marques : « De plus en plus de femmes ont tendance à mixer le circuit des salons et le circuit grandes surfaces, en accordant une place croissante aux achats en GMS, grâce à des marques d’appel comme Excell 10, première marque de report des volumes salons au 2e trimestre 2008 selon TNS », ajoute, de son côté, Florence Apchie, directrice du marketing France de L’Oréal Paris. Initiée par l’affaire l’oréalienne, la technique de coloration permanente qui couvre 100 % des cheveux blancs en seulement dix minutes de pause a rapidement trouvé ses adeptes. En effet, le trio Excell 10’, HerbaBrillance de Garnier et Coloriste 10 de Schwarzkopf générait 10,1 % de part de marché valeur fin 2009. Il est tiré par Excell 10’ qui représente à lui seul 5,1 %, boosté par le lancement de deux nouvelles gammes colorielles en 2009, Spicy Brunette et Black Magnetic, “Les premiers vrais noirs en 10 minutes”, revendique la marque. Et elle continue à innover dans ce domaine avec l’arrivée de deux nouvelles nuances Blonde Attraction qui promettent un éclaircissement jusqu’à trois tons, « ce qui est tout nouveau pour le secteur du 10 minutes », relève Florence Apchie.
La coloration 10 minutes L’élargissement de la palette colorielle est également au programme de Coloriste de Schwarzkopf, qui lance à son tour des nouvelles nuances de blond clair, blond foncé, châtain chocolat et noir et en profite pour relooker le design de ses packs. Mais le groupe allemand va encore plus loin en déclinant le concept de la coloration 10 minutes sous sa marque Saint Algue Palette. « Ces huit nouvelles références Saint Algue Palette 10 minutes viennent en complément de la gamme classique et adoptent le même positionnement de prix accessible », indique Agnès Thée. Le prix devient également un argument de vente pour Coloriste, qui bénéficie à son tour d’« une baisse très significative », dixit Agnès Thée. Cet argument est porté par la réalité du marché. Les premiers prix sont, en effet, toujours en croissance, et les marques à moins de 5 € s’octroient 23 % des volumes vendus l’an dernier. Cette catégorie est essentiellement occupée par une partie de l’offre de Schwarzkopf et par Eugène Color d’Eugène Perma dont la gamme a été entièrement renouvelée l’an dernier. Elle se décline autour de quatre familles – Les Naturelles, Les Raffinées, Les Ton sur ton, Les Mèches – et affirme son statut de marque professionnelle en intégrant dans ses boîtes des protège-branches de lunettes et des gants qui remontent jusqu’aux poignets.
De nouvelles offres à bas prix L’agressivité commerciale de ces deux intervenants oblige le groupe L’Oréal à réagir. L’Oréal Paris, chez qui Florence Apchie pointe « l’émergence de nouvelles offres bas prix, basiques et peu techniques qui banalisent les produits de coloration – catégorie pourtant très technique –, l’activité promotionnelle accrue et l’agressivité prix des offres », en a tenu compte en proposant, par exemple, un lot de 2 pour le relancement d’Excellence Crème, accompagné d’une remise de 50 % sur le prochain achat. Et Garnier annoncera l’arrivée, en avril prochain, d’une gamme petit prix. Mais pas question pour les deux poids lourds du marché (37,3 % et 33,7 %) de renoncer à leur avance technologique. « Nous allons continuer cette année à miser sur le segment de l’avenir, le sans-ammoniaque, indique Amandine Rassat chez Garnier. Le sans-ammoniaque a gagné 7 % de part de marché valeur depuis 2005 et atteignait l’an passé 20,1 % à + 3,7 %, boosté par notre gamme HerbaBrillance. » Chez Garnier, l’année 2010 portera également les couleurs de Belle Color : après les Blonds Lumière, “première coloration permanente sans ammoniaque pour des blonds lumineux”, arrivent les Châtains Lumière. Autre nouveauté à venir : une nouvelle collection 100 % Color Noir Intense. Le marché du sans-ammoniaque est également classé prioritaire chez L’Oréal Paris.
Une vague de nouveautés Après les collections Miels Glossy et Glossy Brownies l’an dernier, Casting Crème Gloss revient avec les Glossy Blonds, cinq nouvelles références qui revendiquent un pouvoir éclaircissant de deux tons. En 2009, la gamme avait notamment été mise en avant auprès de sa cible jeune par l’opération le grand Casting Crème Gloss qui proposait à la gagnante de devenir la star de la prochaine campagne. Face à cette vague de nouveautés l’oréalienne, Schwarzkopf ne veut pas être en reste et se cantonner à l’innovation à petits prix. Le groupe enrichit ainsi Soyance de six nouvelles références à base de coenzyme Q10 et de gelée royale dédiées aux cheveux secs et abîmés. Par ailleurs, il renforce Brillance avec deux nuances rouge épicé et brun-rouge laqué et une formule enrichie d’un soin fixateur de couleur.
Lena Rose
08 février 2010
Analyse des stratégies d’investissements toutes TV en 2008
Points de Vente – C Expert By Eric Roman est la première MDD de ce type à s’être lancée en coloration : quel bilan en tirez-vous ? Céline Desantis – Nous avons en effet été les premiers il y a un an à proposer une offre cautionnée par un expert et, depuis, ce lancement a fait des émules. La coloration C Expert By Eric Roman est une gamme de sept références (noir, châtain, châtain acajou, châtain cuivré, châtain clair doré, blond foncé, blond clair naturel) qui s’adresse à des consommatrices éclairées, souhaitant une expertise forte et des produits élaborés pour permettre d’obtenir, chez soi, des résultats professionnels. C’est une marque à part entière, elle bénéficie de ses propres codes graphiques empruntés à l’univers cosmétique. Nous avons choisi un code couleur transversal noir, raffiné et design, qui crée un effet de rupture avec le reste du rayon. La caution d’Eric Roman est importante car il bénéficie d’une notoriété croissante au fil des parutions dans la presse féminine et haut de gamme. Il intervient pour apporter ses conseils et astuces d’utilisation sur les packagings et sur notre site.
La gamme est-elle référencée dans l’ensemble des enseignes du groupe ? Oui. Avec un assortiment plus ou moins large, qui est ajusté à la taille du magasin (hypermarché, supermarché, petit magasin de proximité).
Comment l’avez-vous fait connaître dans les magasins et en dehors des magasins ? A son lancement, en février 2009, nous avons fortement communiqué à destination des journalistes pour leur présenter les produits. La marque a aussi été très vite présente sur le mini-site Beauté des produits Casino (produits-casino.fr). Par ailleurs, Eric Roman intervient sur le terrain pour animer la marque dans les magasins en apportant ses conseils d’expert aux clientes et en leur proposant les produits de la gamme les plus adaptés à leurs besoins. Et C Expert By Eric Roman apparaît régulièrement sur les écrans de télévision présents dans les rayons des magasins.
Avez-vous supprimé ou ajouté des couleurs et quelles sont les références les plus vendues ? La gamme n’a pas été modifiée depuis son lancement. Les résultats sont très variables selon les références. On note ainsi d’excellentes performances de la coloration noire. A l’inverse, les colorations blondes sous-performent, mais ce résultat est conforme aux tendances du marché, plutôt orienté vers les mèches, les balayages…
Comment va évoluer C Expert By Eric Roman cette année ? Des études sont en cours pour des extensions de gamme. Nous réfléchissons actuellement au développement d’une gamme de matériel professionnel de coiffure (sèche-cheveux, fers à friser…) et d’accessoires (brosses, etc.).
Propos recueillis par Lena Rose
08 février 2010
Coiffants : les marques misent sur le naturel
On a du mal à le croire, au spectacle des sorties de lycées ou de tout autre endroit fréquenté par la génération BB Brunes ou Tokio Hotel, mais les chiffres du marché sont là pour le prouver : les coiffants se portent toujours aussi mal (- 8,5 % en valeur, - 8,3 % en volume, au cumul arrêté à fin novembre 2009). « Le marché a complètement décroché depuis la fin 2008 et ne se réveille toujours pas. Décembre 2009 a été la pire période pour les capillaires hors coloration car ils ont été tirés vers le bas par le styling », confirme Sandrine Bouchard, directrice marketing de John Frieda, ajoutant que sa marque est arrivée à terminer l’année 2009 en positif grâce aux opérations de recrutement menée pour Frizz Ease. « Et pour la première fois, l’ensemble des segments est touché, même les laques, qui résistaient bien jusqu’à présent, ont enregistré cette année une légère décroissance, de 0,3 % en volume et 2,5 % en valeur », détaille Florence Apchie, directrice marketing France de L’Oréal Paris. « On est à la fois victime de la crise, qui a cristallisé des attitudes latentes, et de la mode, ajoute Agnès Thée, directrice marketing de Schwarzkopf & Henkel France. La tendance est aux cheveux longs pour les filles et aux coiffures sophistiquées pour les garçons mais qui doivent leur permettre de se passer naturellement la main dans les cheveux. » C’est d’ailleurs pour ces derniers que le groupe allemand lance Taft Power ’N Touch, composé d’un gel présenté dans un pot en forme de boule noire, d’une gomme modelante et d’un gel normal. Les filles ont déjà à leur disposition la ligne Saint Algue Syoss, qui signe de très bonnes rotations sur les laques, selon Agnès Thée.
Une communication innovante La méforme du marché n’est pas à mettre au compte d’un manque de communication. L’Oréal Paris, leader du marché, s’est démarqué en investissant en média de manière innovante sur le segment des sprays. On a notamment pu voir Studio Line Indestructible mis en scène sur le web à travers la vie quotidienne de trois jeunes ou dans des pages de publicité qui s’autodétruisaient. LaScad, n° 2, soutenait pour sa part en télé les gels Béton, Turbo et Invisible de Vivelle Dop. L’affaire l’oréalienne a également mis en ligne un site institutionnel dédié, vivelledop.fr, complété par le lancement de la web-série L’Ile de la fixation. L’un et l’autre ont prévu de continuer à agir sur ce marché cette année. Chez L’Oréal Paris, Elnett, le n° 1 des laques (61,6 % en part de marché valeur du segment) revient avec une nouvelle référence de fixation ultra-forte tandis que Studio Line renforcera son portefeuille au sein de ses gammes existantes un peu plus tard. Vivelle Dop, qui classe six références dans le top 10 du marché, parie de son côté sur le naturel et lance Green Fix, une gamme de trois références (gel, spray, crème) qui intègre plus de 98 % d’ingrédients d’origine naturelle. Le naturel est également le fil rouge du poids léger l’oréalien qu’est Garnier dans cette catégorie (6,3 %). Les coiffants Fructis ont ainsi été relancés l’an dernier autour de formules à base de bambou, sans alcool ou avec un alcool 100 % végétal, et la marque continue sur la même voie avec un nouveau module qui intègre notamment un gel fixant au cactus au nom prometteur : Survivor, qui a pour mission de résister à tout pendant 24 heures.
Jouer la carte internet « Il s’agit d’une gamme plus pro, plus naturelle, explique Amandine Rassat, directrice marketing de Garnier France. Elle a été mise au point pour lutter contre les causes identifiées de déconsommation du marché, c’est-à-dire les effets négatifs sur les cheveux et le manque de naturel des looks obtenus. » A l’instar de ses confrères, Garnier compte jouer la carte internet pour l’expliquer en détail. Selon Amandine Rassat, le nouveau site Atelier Fructis, lancé en avril 2009 sur garnierfructis.fr, a été visité à la fin 2009 par plus d’un million d’internautes.
Consommer. D’un acte quotidien, tantôt banal, tantôt nécessaire, parfois jouissif, la crise en a fait un obstacle de plus au pouvoir d’achat des Français. Résultat : ils consomment moins. Selon l’Insee, les dépenses des ménages en biens ont reculé, en moyenne, de 0,5 % en 2011. Du...