Après huit mois de travaux, Casino est sur le point d’inaugurer sa première centrale photovoltaïque hexagonale sur le toit du Géant d’Istres (13), laquelle devrait être mise en service à la mi-août. Au total, 5 600 panneaux mono-cristallins ont été posés avec quatre expositions distinctes sur 9 000 m2, pour une puissance totale de 1,8 MWc et une production annuelle de 2,1 GWh. Coût de l’opération ? Environ 10 M€ étanchéité comprise, dont 35 % pour les panneaux. Le montage est simple : Mercialys, propriétaire des murs, loue la toiture – environ 2 €/m2 de panneaux – à Green Yellow, qui a financé le projet et mise sur un ROI (retour sur investissement) de dix ans.
Des centrales clés en main
La filiale du groupe créée en 2009 a pour objectif de développer une nouvelle activité qui consiste à concevoir, développer et bâtir des centrales clés en main intégrées au bâti (lire Points de Vente n° 1058). « Nous croyons à la valorisation du patrimoine immobilier par la transformation des centres de coûts que sont les toitures et parkings en centres de profit et nous sommes les seuls distributeurs à avoir investi dans une start-up qui a vocation à entrer en Bourse, explique Jacques Ehrmann, directeur général des activités immobilières et développement du Groupe Casino et président de Green Yellow. Cette filiale est née avec une jolie dot, les magasins Casino situés sous la ligne Bordeaux-Grenoble offrant à eux seuls un potentiel de 250 MWc. Autre avantage : un socle récurrent de cash-flows sécurisés par des contrats à long terme avec EDF. »
Et de fait, le programme annoncé est ambitieux. Après le “lot 1”, qui comptait quatre sites à La Réunion, un à Mayotte et Istres, et le “lot 2”, dont les centrales à La Réunion, mais aussi dans l’Hexagone, seront raccordées d’ici à fin 2010, le “lot 3” sonne le lancement d’un véritable déploiement à grande échelle.
Il regroupe 11 projets en métropole, dont les travaux démarrent cette année pour des mises en service en 2011. Au total, la puissance installée de ce programme atteint 22 MWc pour une production de 25 GWh/an, répartis sur 10 toitures et 7 parkings de centres commerciaux. Des centrales photovoltaïques développées dans le cadre d’un partenariat d’envergure entre Green Yellow et la Cepac (Caisse d’Epargne Provence-Alpes-Corse). La banque, en effet, entend bien devenir la référence en matière d’investissements verts avec l’objectif à trois ans de représenter entre 15 et 30 % du marché, soit une production de crédits de 360 à 720 M€/an. Dans le cas d’espèce, les 11 réalisations représentent plus de 130 M€ d’investissement, dont 90 M€ financés par le groupe BPCE (70 M€ par la Cepac et 20 M€ par le Crédit Coopératif). Et Green Yellow n’entend pas s’arrêter là. « Au total, nous avons environ 100 projets dans les quatre à cinq ans à venir, poursuit Jacques Ehrmann. D’ores et déjà, 40 MWc sont en cours de construction et 100 MWc en cours de développement. » D’autre part, si la start-up a pour vocation première d’aider le groupe Casino, ce n’est pas exclusif et elle entend bien récolter des contrats en externe. Premier projet remporté : l’équipement des lycées des Pyrénées-Orientales. Green Yellow travaille également avec le promoteur Simon Ivanhoé sur un contrat de 10 MWc pour un centre commercial de la région toulousaine. « Il y a trois options, précise le dirigeant : nous pouvons gérer un projet pour le groupe, louer une toiture à un tiers et l’exploiter, ou encore monter une opération pour quelqu’un qui souhaite investir sur ses propres toits. » Une prestation alors payée en honoraires. Et rien n’interdit, bien au contraire, de répondre aux appels de la concurrence ! « Nous ne l’avons pas encore fait car les projets ne nous correspondaient pas, mais cela se fera certainement », confie-t-il.
30 000 places de parking en trois ans
Côté technologies aussi, la société propose trois options : dallage étanche, membrane et ombrières, qui associent production d’électricité et bénéfice client. Une solution sur laquelle mise énormément la société. « 2 500 sont actuellement en construction et nous avons pour objectif de couvrir 30 000 places de parking en trois ans, développe Jacques Ehrmann. Chaque fois que nous le pouvons, nous combinons toiture et ombrières. » Pas à Istres, pour gagner du temps par rapport à des questions de copropriété, mais c’est une exception. Et l’enjeu est d’importance, car Green Yellow a développé son modèle avec une PME en misant sur un tarif de rachat à 0,58 €. Or il est passé en mars à 0,48 € et le gouvernement a annoncé de nouvelles baisses, d’autant que les ombrières pourraient ne plus être considérées comme intégrées au bâti.« Le challenge est de parvenir à rentabiliser les ombrières à 0,42 € d’ici à 2012. Nous avons donc deux ans pour nous adapter, précise-t-il. Il ne s’agit pas de crier au loup, mais nous ne voulons pas d’une diminution trop forte qui serait injuste et ne servirait pas le développement de la filière. » Le débat est loin d’être clos puisque, par ailleurs, le groupe est opposé par voie contentieuse à EDF pour avoir baissé rétroactivement les tarifs de rachat pour les projets lancés depuis novembre, soit 100 MWc concernés.
Et si Green Yellow se fournissait pour ses panneaux en exclusivité chez le qualitatif mais onéreux Sun Power (70 MWc pour les lots 1 à 3), il n’est pas sûr que la rentabilité soit au rendez-vous dans des délais raisonnables à 0,48 €. Tout est donc ouvert pour la phase 4.
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